YANN BARTHES : LE SNOB

Attention : la critique de « Quotidien » exige de sortir des étiquettes confortables et des mots douillets auxquels chacun est habitué. Cet article risque d’inquiéter bon nombre de lieux communs et croyances indiscutables, jusqu’ici partagées en concert dans toute la presse média. Si vous portez une estime trop importante à Yann Barthes, le croyant exonéré de toute critique, il n’est pas nécessaire de poursuivre la lecture. Vous adopteriez une posture agressive pour défendre votre animateur adoré que vous avez idéalisé. Mais si vous avez la curiosité d’aller plus loin, la suite devrait vous satisfaire.

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Il existe quelques formidables émissions de télévision, qui proposent des informations honnêtes, bâties sur de solides connaissances. Et puis, il y a « Quotidien ». Loin de se réclamer de l’intérêt général, l’émission propose des détournements habiles qui transforment la moindre information en dérision. Les règles les plus élémentaires du journalisme ont été raccourcies à la hache pour mieux servir ce caractère humoristique et caricatural. Le souci n’est plus la vérité et la rigueur, mais l’envie de se fendre la poire et continuer d’enfoncer des portes ouvertes. Il y a belle lurette que Yann Barthes n’informe plus : Mais qu’importe, puisque ses employés ont leur carte de presse. Brandir cette carte suffit pour accréditer l’idée collective (et mensongère) qu’ils sont bien des « journalistes » équipés de solides compétences (et que, par conséquent, ils font bien leur travail). Alors, la Cour suprême du PAF, les téléspectateurs et les internautes, généralement sévères au moindre faux-pas, valident l’ensemble du packaging : la parodie, bien sûr, mais aussi les bidonnages, railleries et appels au lynchage public. L’inacceptable est totalement validé lorsqu’il prend prétexte du « devoir d’information ». Hype et branché qui plus est.

Avec son rire moqueur et son mépris de classe, Barthes vomit la France populaire à travers ses représentants autoproclamés qu’il assimile à des « Dupont Lajoie » : les Le Pen, les Zemmour, et les Fillon sont ses cibles favorites. La question n’est plus de vérifier si tous ces individus ont tort ou raison, mais d’assurer des montages qui viendront confirmer l’opinion que Yann Barthes s’en est fait. Car seule sa pensée est autorisée. Si vous ne pensez pas comme lui, Yann Barthes veut bien vous aimer, à condition de renoncer à être vous même. Pour lui, tous ces gens sont déplorables : peu importe qu’ils représentent une bonne partie de l’opinion publique. Ils sont tous plus racistes, fachos, rétrogrades, homophobes, sexistes et islamophobes les uns que les autres ! À ceux là, n’oublions pas d’ajouter toutes les foules impures de beaufs qui les soutiennent ! Une bande de gens pauvres, bien prolos et provinciaux de surcroît ! Une hérésie pour celui méprise le populaire, préférant dépêcher ses envoyés spéciaux à New York. Time Square est tellement plus cool ! N’espérez pas croiser un dissident solide sur le plateau de « Quotidien » (à moins que ce soit pour mieux s’en moquer après). L’émission est avant tout une chapelle de l’entre-soi, où l’on aime se retrouver entre mêmes, sans doute pour mieux communier les certitudes partagées. Chaque soir, artistes, comédiens, acteurs et humoristes, viennent nous servir leur chapelet de lieux communs, comme des poncifs.

Le pipo de l’émission étant sans-frontières, « Quotidien » traite aussi les infos venues de nos voisins : Et parfois, le voisin vient de très loin : ainsi, plusieurs fois par semaine, nous avons des nouvelles d’Ismaël, un rescapé syrien actuellement réfugié en Turquie. S’abandonnant à un exhibitionnisme faussement compassionnel, Hugo Clément, journaliste en carton de l’émission, diffuse ses conversations Skype avec son correspondant. Le journaliste en est sûr : il tient un scoop qui va bouleverser la face du monde et émouvoir la terre entière ! Mais la sincérité est nulle, l’info proche de zéro, et l’humanitarisme perverti en show. Il y a encore plus fort : alors que « Quotidien » voudrait nous faire croire à son soucis des humbles, les projecteurs éclairent seulement sur la misère des autres. Comme si la solidarité avec le lointain importait plus que la misère de France. Étrange… N’y aurait-il donc pas de souffrance en France ? Faut-il attendre que des bombardements éventrent Paris pour que « Quotidien » accepte d’ouvrir une fenêtre médiatique sur nos SDF ? À en juger les images de l’émission, seul l’amour du voisin et la solidarité avec le lointain semblent compter. À force de perpétuer son déni du réel, Barthes ne sera bientôt plus en phase avec son époque.

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